visite de l’Hôtel Forbin de Sainte Croix Résidence privée du préfet de Vaucluse

En ce temps d’élections, l’association Mémoire a proposé à ses adhérents comme première sortie de l’année 2020, une visite tout à fait exceptionnelle de l’Hôtel Forbin de Sainte Croix, ancienne préfecture de Vaucluse de 1800 à 2008, aujourd’hui résidence privée du préfet de Vaucluse.
Cet Hôtel particulier du XVIIIème siècle fut bâti autrefois sur les lieux d’une ancienne livrée cardinalice dite de Poitiers.
C’est Monsieur Bertrand Gaume, préfet de Vaucluse, entouré de son épouse, du secrétaire général de Vaucluse et son directeur de cabinet, qui nous a fait l’insigne honneur de nous accueillir et de nous servir de guide pour la visite de « ce lieu de pouvoir et de décisions » inscrit partiellement à l‘inventaire supplémentaire des Monuments Historiques.
Ce moment privilégié a permis aux adhérents de découvrir et d’admirer -entre autres- l’escalier d’honneur, les chambres des « ministres » dont la chambre Thatcher (la Première ministre britannique y a séjourné en 1984). Le bureau du préfet, la salle de réunion, le salon empire, le salon louis XVI et la galerie Eugénie, en souvenir du séjour de l’impératrice les 7 et 8 septembre 1860.
A l’issue de cette découverte, autour d’un verre, Daniel Morin, président de Mémoire, a offert en remerciements des livres de l’association à Monsieur le préfet et un bouquet de fleurs à son épouse.

les santons provençaux et l’Arles antique

Pour sa dernière sortie de l’année, l’association Mémoire n’a pas failli à la tradition calendale en consacrant une journée à la découverte des santons provençaux et de l’Arles antique.
Cette journée hivernale restera longtemps gravée dans les esprits de la quarantaine de participants du fait que déjà ce jeudi 5 décembre était un jour de grève générale pouvant entraîner quelques soucis de voyage et de stationnement. Mais miracle, tout s’est bien passé du côté « jeudi noir ».

C’est sur les marches de l’amphithéâtre romain que nous nous sommes retrouvés pour aller visiter le conservatoire du santon provençal, inauguré en 2017. Dans une maison du XVIIIème siècle en bordure des arènes, nous avons été accueillis par Jacques Lapierre, président du conservatoire, et Henri Vezolles, maître santonnier et créateur de ce conservatoire. Ces « deux retraités heureux et passionnés » nous ont présenté un ensemble de 2000 pièces du XVIIIème siècle à nos jours de quatre collectionneurs privés particulièrement bien mis en valeur dans un espace muséographique original composé de vitrines agrémentées de textes biographiques sur les santonniers dont des Meilleurs Ouvriers de France : Marcel Carbonel, Emilie Puccinelli, Robert Canut, Alice Bertozzi, Thierry Demier, Mamie Martin, Evelyne Ricord, Pierre Graille, Simone Jouglas, Lise Berger, René Pesante… et Liliane Guiomar et Roger Jouve M.O.F. argile et habillé ! Le créateur du santon d’argile est le marseillais Jean-Louis Lagnel (1764-1822).

Emerveillés, nous n’avions pas assez de deux yeux pour admirer toutes ces petites figurines naïves très colorées, œuvres d’art populaire, dont de nombreuses pièces uniques de ces « fleurs d’hiver ».
Dans la cour intérieure (partie de l’antique couvent des Cordeliers), Henri Vezolles a expliqué la fabrication du santon provençal et fabriqué une figurine illustrant ces quelques mots de Marcel Provence, historien et défenseur du patrimoine provençal : « Fabriquer un santon, c’est jouer à Dieu le Père et, comme lui, tirer de l’argile un homme ».

On dénombre quelque 250 santonniers dans la région Sud.

Ensuite, nous avons cheminé le long de l’amphithéâtre et du théâtre romains pour se rendre au restaurant « La bohème » dans une demeure du XVIIIème siècle, ancienne cave de rez-de-chaussée et maison close comme le rappelle la rampe phallique en fer forgé de l’escalier de l’immeuble.

Troisième et dernière découverte de la journée : les cryptoportiques d’Arles datant du 1er siècle avant Jésus-Christ dont l’accès se situe dans le hall de l’Hôtel de Ville sous la conduite de notre guide Alice.

Ils ont été découverts lors de la construction de l’Hôtel de Ville au XVIIème siècle et ouverts à la visite depuis plus de cinquante ans. Propriété de la ville d’Arles, ils ont été classés Monument Historique en 1841 et inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco en 1981. Ils forment le soubassement du forum, place publique centrale de la ville romaine. Ils comprennent de trois sections en U à deux nefs, soutenues par des piliers construits en grand appareil. Ces galeries souterraines voûtées de 90 mètres au nord avec des boutiques et au sud sont raccordées par une galerie de 60 mètres à l’ouest. Elles sont éclairées par des soupiraux.
L’ensemble est impressionnant et prouve que les Romains étaient de grands bâtisseurs. C’est un ouvrage admirable. L’exemple d’Arles est unique par sa grandeur et sa conservation.
Deux autres cryptoportiques existent à Bavay dans le Nord et à Reims ainsi qu’en Italie.
C’est ainsi que s’est achevée l’année 2019 de l’association Mémoire pour le plus grand bonheur des adhérents qui se sont quittés en se donnant rendez-vous pour l’assemblée générale mi-janvier avant de partir à la découverte d’autres coups de cœur.

Quelques images en souvenir :

Nyons, pays de l’huile d’olive

Notre première sortie automnale nous conduit à Nyons, en Drôme provençale, au pays de l’huile d’olive. Nous voici réunis tout d’abord dans l’atelier de la maison Fert, dernière scourtinerie de France, qui perpétue depuis 4 générations un savoir-faire traditionnel, la production des paniers utilisés dans l’extraction de l’huile d’olive. Frédérique Fert et sa fille Sophie se mettent donc à l’ouvrage, et c’est dans le cliquetis entêtant des machines qu’elles nous retracent l’histoire de cette entreprise familiale. En 1880, Ferdinand Fert, un ouvrier ferronnier qui s’était installé dans cette ancienne magnanerie pour faire du tissage, décide de se lancer dans la production de scourtins. Deux ans plus tard, il met au point la première machine à tisser les scourtins et en dépose les brevets. La fibre d’alfa traditionnellement utilisée s’avérant trop fragile pour la mécanisation, il recourt à la fibre de coco, que la famille Fert continue de nos jours d’importer du Kérala indien. Les machines étaient alors actionnées par deux grandes roues à aubes installées sur le canal de l’Eygues. En 1952, les moteurs électriques prennent le relais pour entraîner les courroies. L’entreprise est alors florissante et emploie jusqu’à une quarantaine de personnes. Mais son essor est entravé par le terrible hiver de 1956. Les oliviers, tués par le gel, sont remplacés par la vigne et les arbres fruitiers. Désormais, la famille Fert introduit le nylon alimentaire dans la confection de filtres à vin, à huile d’olive et à cidre. La production est surtout réorientée vers les objets de décoration (paillassons, tapis, corbeilles, dessous de plat,…) toujours tissés en fibre de coco, mais avec une grande palette de couleurs et des dimensions plus grandes, pour s’adapter aux envies d’une nouvelle clientèle. La reconversion semble réussie: bien que la scourtinerie Fert n’emploie plus que cinq femmes, les commandes sont au rendez-vous et suffisent à assurer la pérennité de l’entreprise.

Tout au long de cet exposé, mère et fille ne cessent de s‘activer de sorte que toutes les étapes de fabrication nous soient accessibles. Ainsi, une première machine transforme sous nos yeux un écheveau de coco en bobine de fil. Puis nous assistons au tissage de la trame du scourtin: le fil s’enroule autour d’aiguilles disposées comme les rayons d’une roue de bicyclette. La galette obtenue est retirée puis disposée sur une troisième machine qui enlève les aiguilles pour les remplacer par de la corde. La dernière étape est entièrement manuelle: elle consiste à finir le centre, corriger les irrégularités du tramage et tirer les boucles pour un arrondi parfait. A chaque étape, le travail des machines doit être régulé et accompagné par une intervention humaine, ce qui demande beaucoup d’énergie et de concentration. La production reste donc encore pour une bonne part artisanale. Le jeu des couleurs utilisées dans la teinture des fils laisse aussi libre cours à l’imagination créatrice. Ce sont autant d’attraits qui contribuent à séduire les générations successives et à maintenir cette activité dans le cadre familial. On ne s’étonnera donc pas du classement en 2015 de cette entreprise au titre du Patrimoine Vivant, le label d’Etat qui distingue les savoir-faire d’excellence. Un détour par le petit musée conclut avec bonheur la démonstration technique de Frédérique et Sophie, avant le passage en boutique où s’exposent toutes les déclinaisons décoratives du tissage de la fibre de coco.

Les emplettes terminées, nous nous retrouvons au Bistrotteur pour la pause déjeuner. Tandis qu’on s’active aux fourneaux, Guillaume, banquier devenu restaurateur par passion, retrace l’historique du lieu, une ancienne conserverie reconvertie. Puis c’est au tour de Jean-Pierre et Marie de nous rappeler l’importance de l’olivier pour la région. Petit moment de nostalgie avec l’intervention de Françoise, qui tenait avec son mari Primo Tassan l’Auberge de France sur la place de l’Horloge, l’occasion d’évoquer quelques anecdotes autour de ce haut lieu de la culture culinaire avignonnaise, qui fut longtemps le QG gastronomique de la compagnie Vilar.

Le repas se termine avec un grand bravo au chef David pour la qualité de ses produits et de sa cuisine.

Non loin de là, Gérard Vial nous accueille au musée des vieux moulins. Ce patrimoine familial privé s’étend sur une surface au sol de 350 m² au pied du Pont roman. Gérard évoque tout d’abord l’importance de l’Eygues qui contribua dès le Moyen-Age au développement de la cité de Nyons. L’oléiculture est restée longtemps l’activité dominante de la région, et l’on comptait près d’une vingtaine de moulins à huile avant 1956, année du grand gel qui détruisit près de 90% des oliviers. Les moulins du XVIIe et du XIXe que nous visitons, dont l’un a été creusé à même la roche, étaient reliés au canal par une roue dentée. Ils ont conservé tout leur équipement d’origine, ce qui permet à notre guide de reconstituer in situ les différentes étapes de la production oléicole: les olives étaient tout d’abord calibrées, puis écrasées par des meules de calcaire. La pâte obtenue était placée dans des scourtins avant pressage. L’huile filtrée par les scourtins, plus légère que l’eau, était recueillie en surface dans des bacs de pierre puis versée dans de grandes jarres vernies. On laissait reposer les margines (résidus liquides issus de l’extraction) dans des bacs pour récupérer le restant d’huile destiné à un usage non alimentaire, comme le graissage des outils. Les grignons (résidus solides) étaient utilisés comme combustible ou engrais. Après quelques échanges animés sur la qualité des huiles d’olives actuelles, Gérard nous conduit à la savonnerie du XVIIIe, découverte en 1992 puis dégagée des limons qui l’obstruaient du fait des crues successives de la rivière toute proche. Cette savonnerie est aussi liée à la production de l’huile d’olive, qui entre dans la composition du savon, associée à de l’eau et de la soude (les cendres végétales). Ce mélange était chauffé dans des chaudrons, la pâte obtenue étant ensuite étalée encore chaude dans de grands moules (les mises) pour y sécher. On y découpait enfin des pains d’une trentaine de kg. Ce savon était utilisé pour assouplir le linge, et sa production était liée au travail de la soie. Le déclin de la sériciculture a conduit à la disparition de la savonnerie, vers 1800. Après une dernière pause dans la cuisine provençale reconstituée avec son mobilier d’origine, qui accueillait l’hiver les travailleurs du moulin, nous nous laissons tenter par la dégustation en boutique de différentes huiles d’olive et des fameuses olives noires de Nyons. Celles-ci sont réputées pour leur douceur et bénéficient (ainsi que l’huile d’olive) d’une AOC depuis 1994, ce qui a permis aux plantations de redémarrer. N’hésitez pas à en faire grignoter quelques-unes à vos convives d’apéros festifs, vous contribuerez ainsi à faire connaître la tanche, « cette variété d’olive unique aux délicieuses notes fruitées, ridée par les premiers frimas de l’hiver »…

Quelques moments de la journée en vidéo :

 
1 2 3 4 11