la carrière des Estaillades à Oppède

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Le thème de la pierre et des carriers était au programme de notre sortie du 6 juin à Oppède, organisée en partenariat avec Oppède patrimoine.Et c’est son président, Jean-Yves Maïquès, qui nous accueille dans la vaste salle du Jardin de Madame. Celui-ci nous présente tout d’abord un petit bilan des actions de valorisation du patrimoine entreprises sur sa commune. A ses côtés, Jean-Paul Masse, président de la Levado (association du patrimoine de Caderousse, notre deuxième partenaire) prend la relève pour évoquer au travers d’un diaporama l’âge d’or des carrières du Vaucluse.

Jean-Paul Masse milite depuis de nombreuses années pour mener à bien un inventaire des marbres et roches ornementales de la région PACA *, retrouver les anciennes carrières et revaloriser ce patrimoine méconnu. En Vaucluse, la pierre reine reste la pierre du Midi, une roche calcaire datant du Miocène, donc âgée de plus de 20 millions d’années, et qui s’est formée dans ce qui était à l’origine une mer chaude. C’est avec cette pierre, extraite depuis des siècles de carrières proches, que nos villages, nos maisons, nos églises, nos châteaux, nos cimetières, ont été bâtis. Sur le Vaucluse, ce sont près d’une centaine de carrières qui ont pu ainsi être répertoriées, alors que moins d’une dizaine sont encore en activité.

A l’origine de ce déclin, le recours de plus en plus massif à la pierre reconstituée et au béton qui enlaidissent et uniformisent nos villes et villages. Jean-Paul Masse nous présente à titre d’exemples quelques photos de ces cimetières défigurés par les marbres noirs et roses directement venus de Chine et qui standardisent jusqu’à la mort! Particuliers et collectivités locales font le choix de matériaux importés en raison de leur faible coût, mais on oublie l’impact économique des emplois non pourvus, des impôts non perçus, sans compter le bilan environnemental catastrophique du transport par containers venus de l’étranger.

La pierre locale est pourtant un matériau écologique, naturel, réutilisable, facile à tailler, qui peut servir de parement pour des édifices publics, ou être utilisée dans la restauration des monuments historiques. Quant aux anciennes carrières, elles méritent d’être redécouvertes pour leur beauté naturelle, et certaines d’entre elles peuvent même servir de cadre à des manifestations culturelles. Et pourquoi ne pas envisager de développer un véritable tourisme de la pierre autour des sentiers qui mènent à ces carrières abandonnées? Jean-Paul Masse arpente ainsi nos garrigues à la recherche de ces sites parfois enfouis sous la végétation, en s’appuyant sur d’anciens cadastres ou catalogues, en fouillant dans les archives, en étudiant la toponymie, en examinant les cartes géologiques et les vues aériennes. C’est ce travail de fourmi réalisé en collaboration avec d’autres acteurs (DRAC, BRGM, Pierresud) qui a permis la parution récente d’une étude recensant dans le Vaucluse les pierres utilisées sur 40 monuments départementaux ainsi que l’ensemble des carrières de roches ornementales **. Preuve s’il en est de l’intérêt de cette question dans un contexte de sensibilisation à l’environnement local. Pour Jean-Paul Masse, c’est en associant public, élus, géologues, sculpteurs, historiens et professionnels que l’on pourra mieux faire connaître ce patrimoine et le valoriser. Peut-être par le biais de conservatoires de la pierre, à l’image de ce qui existe pour les parcs botaniques? C’est sur cette note optimiste que se termine son intervention, qui alimente cependant largement les discussions autour des panier-repas, innovation du jour bienvenue et unanimement saluée par les convives.

La deuxième partie de la sortie est consacrée à la visite d’une carrière toute proche et encore en activité, la carrière des Estaillades. C’est l’un des trois sites d’extraction des Carrières de Provence, avec ceux du Pont-du-Gard et de Fontvieille. Son Directeur Général, Paul Mariotta, nous accueille dans la partie souterraine de la carrière, haute de près de 25 mètres, soit l’épaisseur d’origine du gisement calcaire aujourd’hui totalement excavée. Cette grande salle occupée par quelques machines correspond à une galerie du XVIIe, peu à peu agrandie. Des traces noires sur la roche témoignent de l’usage des lampes à pétrole au XIXe, de même que les stries obliques sur les parois rappellent l’emploi traditionnel de l’escoude, un pic à deux bords tranchants, disparu du fait de la mécanisation. Les scies crocodiles, les fils hélicoïdaux et diamantés ont aussi fait place aux haveuses et rouilleuses, de grandes tronçonneuses capables de scier jusqu’à trois mètres de profondeur. Quant aux scies circulaires, elles peuvent couper des blocs de plus d’un mètre d’épaisseur. Paul Mariotta nous explique que la carrière a failli disparaître avec le déclin du marché local, et la fin brutale du marché de la cheminée, encore très prospère il y a une quarantaine d’années.

La carrière emploie actuellement une quinzaine de salariés et produit annuellement environ 5000 blocs de trois m3 chacun, en ciblant plutôt le marché de la construction en pierre massive (caves viticoles, conservatoires,…). Elle réussit même à exporter vers la Chine des blocs destinés à construire des répliques de châteaux et d’immeubles haussmanniens! Une petite marche dans la poussière soulevée par les énormes engins de transport et nous voilà devant le site d’extraction actuel, entièrement à ciel ouvert. Paul Mariotta précise que cette partie de la carrière sera transformée en théâtre de verdure à la fin de l’extraction, pour satisfaire aux exigences environnementales.

Le renouvellement de l’autorisation d’extraction est prévu pour 2033. D’ici là, le Directeur des Carrières de Provence espère que le projet de création d’une IGP aura abouti. Imaginons: sur une belle table de pierre du Midi (IGP), un verre de Gigondas (AOC), une tartine de picodon bien crémeux (AOP), et un pot d’olives noires de Nyons (AOP)…

* lien vers le site web pierresenpaca.fr

** document extrait de Pierresud à consulter ici

 

Le diaporama de la sortie

 

 

Survol en drone de la carrière des Estaillades
(vidéo Youtube de Paul Mariotta, réalisation technique: Aerogyre)