la crèche de Carpentras

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Cette année encore, il aura fallu pas moins de six personnes et une journée de travail pour installer au sein de l’Office de tourisme la fameuse crèche géante de Carpentras. Maître d’œuvre  de cet événement culturel incontournable : Gérald Roux, qui a bien voulu répondre à nos questions ce samedi 16 décembre, aux côtés de cette imposante réalisation.

Fils d’agriculteurs, tailleur de pierre de formation, amoureux de miniature et cycliste aguerri, tout poussait Gérald Roux à reproduire les bâtiments qu’il côtoyait par monts et par vaux : cabanons, fontaines et lavoirs, chapelles, bories, et vieux mas… Le voilà donc devenu créchiste, ou créateur de décors pour santons. Ce sont ainsi des villages entiers reconstitués, avec leur église, leurs petits commerces, le lavoir communal et les murets de pierres sèches, tout cela proportionné à la taille des santons prêtés par des professionnels. La crèche géante de Carpentras renoue tous les ans avec cette tradition, et des chiffres qui laissent pantois : 300 santons, 200 animaux et 35 bâtiments, auxquels on ajoutera pour faire bon poids 80 kg de mousse, 150 kg de terre, et 30 kg d’écorces ! Mais comme aime à le rappeler Gérald Roux, la taille ne fait rien à l’affaire : monter une  crèche, c’est d’abord une démarche. Qui n’a pas cherché son brin de mousse pour agrémenter son décor ? Par ailleurs, il ne s’agit pas non plus de chercher à recréer la réalité, mais de la symboliser. Au-delà de la recherche documentaire, notre créchiste fait aussi appel à son imagination créatrice et à ses souvenirs d’enfance pour faire revivre tout un petit monde rural en grande partie disparu. En ce sens, Gérard Roux fait bien partie de ces passeurs de mémoire qui nous sont si précieux. Petit clin d’œil malicieux à une polémique récente, il nous apprend que son grand-père, fervent communiste et « bouffeur de curé », sacrifiait cependant au rite de la crèche… On notera aussi que Gérald Roux n’hésite pas à jouer la carte du renouveau, en proposant chaque année un thème différent. Pour 2017, c’est Saint Gens (prononcer gin) et sa légende qui sont mis à l’honneur, avec entre autres la représentation des maisons troglodytiques du Beaucet, de la chapelle du tombeau et du pèlerinage qui lui est consacré. L’occasion pour Florence Bombanel, notre conférencière quasiment attitrée, d’entrer à son tour en scène pour nous présenter cette légende typiquement provençale.

Un petit détour au préalable nous permet d’apprécier le contexte historique à l’origine de la Nativité, de la tradition de Noël et de la crèche en Provence. Puis Florence Bombanel l’historienne fait place à la conteuse, pour nous présenter les miraculeuses aventures de Gens Bournarel, fils de bouviers, et qui serait né au début du XIIe siècle à Monteux. Selon la tradition, ce jeune garçon manifeste très tôt une grande piété, qui lui fait rejeter certaines pratiques païennes des Montiliens. Chassé de la ville, il se réfugie avec ses deux vaches et quelques outils dans un val sauvage et inculte (le Beaucet) et se fait ermite.

Un jour, un loup dévore l’une de ses vaches. Gens réussit à apprivoiser la bête et l’attelle avec sa deuxième vache pour tirer sa charrue ! Pendant ce temps, une terrible sécheresse s’abat sur Monteux. La mère de Gens part le chercher afin d’obtenir la pluie. Il refuse tout d’abord puis se décide à la suivre. Mais celle-ci souffrant d’une soif ardente, Gens (qui a décidément tous les talents) fait jaillir d’un rocher une source d’eau et une source de vin, pour finalement ne laisser couler que l’eau bienfaitrice (personne n’est parfait). Dès son arrivée à Monteux, la pluie se met à tomber, et c’est son troisième miracle ! Puis il aurait repris sa vie d’ermite et serait mort un 16 mai, à l’âge de vingt-trois ans, allongé dans le rocher qu’il avait lui-même creusé. C’est l’origine du pèlerinage annuel destiné à honorer ce saint, qui n’a pas été sanctifié par l’Eglise, mais dont la légende a été édifiée par la ferveur populaire. Aujourd’hui encore, on prie Gens dans tous les villages de Provence pour faire tomber la pluie, tandis que l’eau miraculeuse de la source soignerait les fièvres et bien d’autres maux physiques et spirituels.

C’est sur cette note très conforme au merveilleux de Noël que se termine notre sortie du jour. Après un bon repas concocté par Sébastien Royer, patron de la Petite Fontaine, où pouvions-nous donc nous retrouver ? Mais à la Chapelle du Collège, devant les comptoirs … des santonniers, bien sûr !

survol de la crèche géante de Carpentras 2017

 

avec les commentaires du créchiste Gérald Roux