Le lac du Paty

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12/10/2013

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Chères adhérentes et chers adhérents,
Nous vous proposons de plonger dans l’histoire d’un barrage d’exception : celui du Lac du Paty à Caromb au pied du Mont Ventoux.
Construit au XVIIIème siècle pour assurer l’alimentation en eau des moulins à farine, « l’écluse » comme on disait jadis a marqué l’histoire des barrages français. Des dimensions uniques pour un ouvrage en terre et pierre de taille, un système de drainage révolutionnaire, un chantier titanesque pour les ouvriers de l’époque.
Pour nous guider sur ce chemin de mémoire, nous avons fait appel à Pierre Michelier, LE spécialiste de l’ouvrage.

L’eau a toujours été une denrée rare en Comtat.
Ici, les hommes ont dû adapter leur mode de vie à cette âpre nature au prix d’efforts considérables et même parfois de conflits.
A Caromb jusqu’au XVIIIe siècle, les cours d’eau destinés à faire tourner les moulins à farine communautaires étaient taris en été, précisément au moment de la récolte des céréales. Pour résoudre ce problème, le Conseil municipal décida en 1762 de créer une retenue d’eau au pied de la montagne du Paty. Les eaux de l’hiver ainsi retenues seraient diffusées en été dans les canalisations des moulins.
Avec le soutien du vice-légat d’Avignon Grégoire Salvatti, un ambitieux projet mené par le père Jésuite Jean-Claude Morand fut retenu par la commune en 1763.
Jean-Claude Morand était géomètre, directeur de l’Observatoire d’Avignon et professeur de mathématiques. L’archéologue Esprit Calvet fut son élève.
Les travaux du barrage, « l’écluse » disait-on à l’époque, durèrent de 1764 à 1766. Il s’agit du deuxième plus ancien grand barrage de France (supérieur à 15 m)

L’ouvrage faisait 16.50 m de haut et la retenue 123 000 m³. De 1769 à 1773, le barrage fut réhaussé à 21.35 m, doublant ainsi le volume de retenue. C’était un record de hauteur en France pour un ouvrage en pierre de taille, battu seulement en 1838 lors de la création du barrage de Grosbois dans le Doubs.
Les ouvriers ont transporté environ 10 500 tonnes de matériaux dans ce lieu très escarpé et très difficile d’accès. La route actuelle n’a été réalisée qu’à partir de 1945

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Un barrage exceptionnel
Le père Morand a équipé cet édifice d’un ingénieux système de drainage interne, évitant les sous-pressions et assurant ainsi sa stabilité. Tout comme les barrages romains (par exemple celui de Glanum), l’écluse du Paty n’est pas construite en maçonnerie ; il s’agit d’un barrage en terre et tout-venant recouvert de pierres de taille, donnant ainsi l’illusion d’un ouvrage entièrement maçonné.

Cette découverte exceptionnelle a permis de réécrire l’histoire des barrages français. Non seulement l’écluse a servi à alimenter les moulins, mais elle a aussi permis l’irrigation des terres et notamment des figuières, faisant de Caromb une grande zone de maraîchage près d’un siècle avant le reste du Comtat et l’ouverture du canal de Carpentras en 1857. Aujourd’hui, la retenue est utilisée comme base de loisirs, faisant le bonheur des randonneurs et des pêcheurs.

Les sources :
La commune est aujourd’hui alimentée en eau potable par des forages. Avant de bénéficier de cette eau pompée dans la nappe géologique, les Carombais étaient approvisionnés en eau de source. Le captage de la source de Caromb au pied du lac du Paty, sur la rive gauche du Lauron alimentait un système d’adduction datant de 1313 du temps de Raymond de Burdos neveu du Pape Clément V et Seigneur de Caromb. Ce système qui ne fonctionne plus fait partie du patrimoine de la commune. Il se compose d’une galerie taillée dans le rocher surmontée de belles pierres de taille certainement issues des Carrières du Manoir du Paty .
An fond de cette galerie une rigole guidait l’eau selon une pente régulière vers les tuyauteries en terre qui acheminaient l’eau aux fontaines du village. Des puits de visite placés le long de la galerie permettaient l’entretien.
Aujourd’hui, les locataires de cette galerie sont les chauve-souris qui ont trouvé un endroit idéal pour leur hibernation. Il s’agit d’un petit rhinolophe (Rhinolophus hipposideros ), une espèce vulnérable et protégée par de nombreuses conventions.