le mur de la peste

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la borneC’est aujourd’hui une longue ligne pierreuse qui se perd au loin sur la crête des Monts de Vaucluse.

On serait à peine intrigué par ce simple muret de pierres sèches s’il n’y avait, au pied de cette construction, une stèle contemporaine représentant un étrange personnage à tête d’oiseau et vêtu d’un long manteau. Nous sommes réunis à proximité de Cabrières-d’Avignon, et c’est le point de départ qu’a choisi notre guide du jour, Bernard Allègre, enseignant et conférencier, pour nous présenter un épisode tragique de l’histoire de la Provence.

Ce personnage, c’est un médecin portant le masque au long bec rempli d’épices censé protéger des miasmes de la peste. Et ce muret, c’est le vestige de la ligne de défense sanitaire imaginée par un certain Antoine d’Allemand, architecte carpentrassien, pour contrer l’avancée de cette épidémie qui ravagea une partie de la Provence de 1720 à 1722. Bernard Allègre remonte tout d’abord aux origines de l’épidémie qui naît à Marseille avec l’arrivée d’un bateau venu du Levant, le Grand Saint Antoine. Son affréteur est malheureusement un échevin de la cité impatient de vendre sa cargaison de soieries à la foire de Beaucaire. Malgré le dispositif sanitaire mis en place à Marseille depuis les précédentes épidémies, le capitaine est autorisé à décharger sa cargaison. Les morts suspectes se multiplient. Plus de deux mois après l’arrivée du bateau à Marseille, il faut se rendre à l’évidence: la peste est officiellement déclarée, mais celle-ci a déjà beaucoup progressé à l’intérieur des terres. En mars 1721, le royaume de France, les territoires pontificaux d’Avignon et du Comtat Venaissin décident de construire une ligne sanitaire de 27 km de long, matérialisée par un mur de pierres sèches de deux mètres de haut entre la Durance et le Mont Ventoux. Ce mur sera gardé jour et nuit par les troupes françaises et papales, disposant sur place de guérites, de cabanes pour les réserves alimentaires et d’enclos pour les animaux.

Bernard Allègre, conférencier
Bernard Allègre

Ce sont les vestiges de ce mur, restauré depuis 1986 par l’association Pierre sèche en Vaucluse, que nous longeons sur quelques centaines de mètres tandis que Bernard Allègre nous relate les conditions de son édification. Finalement, l’épidémie s’éteindra d’elle-même, et à partir de 1723, le mur est laissé à l’abandon. Au bilan, l’épidémie aura fait plus de 126 000 morts, dont la moitié de la population de Marseille.

Un grand merci à Bernard Allègre pour ses qualités de conteur et son sens du suspense qui ont agrémenté sa présentation historique. Matinée très instructive donc, close par un pique-nique convivial au pied des pins, loin des idées noires que nous fuyons … comme la peste!

la vidéo de la sortie :

le diaporama de la sortie :