Salon-de-Provence

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Impossible de rater notre rendez-vous du jour dans cette petite rue de Salon-de-Provence: la haute cheminée de brique, aujourd’hui désaffectée,  est toujours debout, et le fronton annonce la couleur au-dessus du portail:  « Savonnerie Marius Fabre 1900 ». Si le bâtiment, qui fleure bon l’architecture industrielle du XIXe, est assez vaste pour accueillir aujourd’hui savonnerie, boutique et musée, le jeune Marius Fabre ne disposait en 1900 au fond de son jardin que d’un simple hangar pour lancer son entreprise. Il faudra attendre 1927 pour que, prospérité aidant, Marius Fabre acquière les locaux actuels, une ancienne fabrique. Quatre générations plus tard, la savonnerie reste une entreprise familiale, qui revendique haut et fort le privilège de fabriquer (avec 3 autres entreprises marseillaises) l’authentique savon de Marseille. Il revient donc à Magali, notre guide, de lever le voile sur ce paradoxe d’un savon dit « de Marseille », mais fabriqué à Salon-de-Provence! Petit retour en arrière: fin XIXe, la savonnerie est en plein essor en Provence. On y trouve en abondance les produits nécessaires à la saponification : l’huile d’olive, le sel et la soude de Camargue.

 

D’autres huiles végétales comme l’huile de palme et de coprah issues de l’empire colonial sont acheminées jusqu’à Marseille, qui voit logiquement se multiplier les savonneries. Salon-de-Provence bénéficie de cette révolution des transports, avec l’arrivée du chemin de fer en 1873. Au début du XXe, ce qui liait ces multiples savonneries dispersées en Provence, c’était donc à la fois l’usage d’huiles naturelles (à l’exclusion de tout autre colorant, parfum et conservateur chimique), ainsi qu’une technique de cuisson en chaudrons. Et c’est cette tradition que la savonnerie Fabre s’efforce de  perpétuer, comme le montrent Magali et Jean-Pierre, maître-savonnier, lors de la visite des ateliers de fabrication.

 

Pour réussir un bon savon de Marseille: mélanger les huiles végétales jusqu’à obtenir une pâte. Ajouter du sel marin pour la débarrasser de la soude, puis la cuire pendant 10 jours à 100/120° au chaudron (compter quand même jusqu’à 50 tonnes le grand chaudron…). Goutter pour rectifier éventuellement l’assaisonnement (si si). Laver à grande eau pour éliminer les impuretés. Verser le savon liquide dans de grands bacs rectangulaires (les « mises »), puis découper en pains de 35 kg. Redécouper en unités plus petites, et marquer les cubes et savonnettes d’une belle empreinte au tampon.  En gros, même si la cuisson se fait aujourd’hui au gaz et non plus au bois, et si l’alu a remplacé l’acier des chaudrons, les produits et les techniques n’ont pratiquement pas changé depuis un siècle. Après avoir survécu au déclin général des savonneries dans les années 50, la savonnerie Fabre surfe aujourd’hui sur la vague du retour au bio et à l’authentique. Elle s’est associée à 3 autres savonneries marseillaises au sein de l’Union des Professionnels du Savon de Marseille, avec pour objectif la création d’une Indication Géographique Protégée. En fin de parcours, Magali nous invite à faire un petit détour par le musée (c’est la séquence nostalgie, avec tampons de buis, planches à laver et pubs de nos grands-mères), puis nous voilà saisis de la fièvre acheteuse dans la boutique.

Quelques averses plus tard, nous nous engouffrons dans le Café des Arts où Frédérique nous accueille pour le repas du midi. L’équipe est jeune, souriante et efficace, les plats sont goûteux et copieux, et nous quittons avec regret l’ambiance « bistrot » pour affronter de nouveau la pluie. Deuxième étape du jour: la Maison de Nostradamus. Ce musée municipal occupe une partie de la maison où vécut ce médecin « astrophile » de 1547 à 1566, date de sa mort. Une dizaine de tableaux sonorisés tentent de retracer le parcours de cet humaniste, auteur des fameuses « Prophéties » et qui bénéficia de la protection de la reine Catherine de Médicis. Notre visite se termine par un petit bonus: l’ouverture exceptionnelle de la collégiale Saint-Laurent, où furent déposés les restes des ossements de Nostradamus, dispersés lors de la Révolution française. Son épitaphe figure sur le côté d’une chapelle latérale, et c’est finalement un bien modeste hommage à une destinée hors du commun. Reste le mystère de ses fameux quatrains, mais rien ne vous interdit de proposer votre interprétation, d’ici notre prochaine sortie…